Trois ans que tu nous as quittés et que tu nous manques, toi qui savais si bien chanter nos idéaux, nos amours, nos désillusions aussi. En cette période où le "changement" n'est pas celui que nous espérions, où des idées nauséabondes sont banalisées, ta chanson de 1985 appuie là où ça fait mal:

La porte à droite 

On m'a dit tes idées ne sont plus à la mode / Quand on veut gouverner ce n'est pas si commode / Il faut évidemment s'adapter au terrain / Mettre jour après jour un peu d'eau dans son vin/

On m'a dit dans la jungle il faut qu'on se débrouille / On est bien obligé d'avaler des magouilles / De laisser dans un coin les projets trop coûteux / On va pas tout rater pour des canards boiteux/

La porte du bonheur est une porte étroite  / On m'affirme aujoud'hui que c'est la porte à droite /Qu'il ne faut plus rêver et qu'il est opportun / D'oublier nos folies d'avant quatre-vingt-un/

On m'a dit qu'il fallait prêcher le sacrifice / A ceux qui n'ont pas pu s'ouvrir un compte en Suisse / Qu'il fallait balayer tous nos vieux préjugés / Et que ceux qui travaillent étaient privilégiés /

On m'a dit tu comprends tes idées archaïques / Ne feront qu'aggraver la crise économique  / Ainsi la liberté dans un monde plus juste / Fait partie des slogans qui sont un peu vétustes /

La porte du bonheur est une porte étroite  / On m'affirme aujoud'hui que c'est la porte à droite /Qu'il ne faut plus rêver et qu'il est opportun / D'oublier nos folies d'avant quatre-vingt-un/

Puis d'autres sont venus beaucoup moins présentables / Qui parlaient de la France en tapant sur la table / Qui disaient faut changer c'est la loi du pendule / On va pour commencer supprimer la pilule /

Ensuite il faudra bien flytoxer la vermine / Rétablir la morale avec la guillotine / Et pi n'a qu'à virer les mauvais syndicats / Pour conserver celui qui plaît au patronat /

La porte du bonheur est une porte étroite  / On m'affirme aujoud'hui que c'est la porte à droite /Qu'il ne faut plus rêver et qu'il est opportun / D'oublier nos folies d'avant quatre-vingt-un/

Ils ont dit qu'il fallait se montrer réaliste /Qu'il y avait du bon dans les journaux racistes / Qu'il fallait nettoyer ce cher et vieux pays  / Si l'on ne voulait pas qu'il devienne un gourbi /

Dois-je vous l'avouer ces propos me renversent /Quand je vais boire un verre au café du commerce / Parfois je crois revoir sur du papier jauni / La photo de Pétain dans mon verre de Vichy/

La porte du bonheur est une porte étroite  / On m'affirme aujoud'hui que c'est la porte à droite /Qu'il ne faut plus rêver et qu'il est opportun / D'oublier nos folies d'avant quatre-vingt-un. 

 Cette chanson a été écrite par Guy Thomas, à la demande de Jean Ferrat qui souhaitait alors exprimer les sentiments des "déçus du socialisme"... Chante poète, ta voix nous est plus que jamais nécessaire!

Mireille Ausécache