L'article de Gérard Streiff, "Panthéon interdit aux femmes", paru le 5 juin dernier dans l'Humanité (rubrique L'air du temps), rapporte les propos de Mona Ozouf concernant le prochain hôte du monument qui proclame sur son fronton "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante". Cette historienne que Gérard Streiff qualifie d'" icône de la pensée dominante en matière d'histoire, celle de 1789 notamment, experte on ne peut plus officielle", a déclaré :

"Pour moi, il y a une sorte d'incompatibilité entre ce monument et le féminin. C'est difficile à expliquer. Disons que le Panthéon manque peut-être un peu de moelleux. Olympe de Gouges, figure des féministes, est, selon moi, trop liée à l'histoire encore conflictuelle de la Révolution. Louise Michel, elle aussi, est trop clivante". Et Gérard Streiff de conclure: "Bref, on devine en creux le candidat idéal pour notre machiste d'un nouveau genre: ce doit être un homme, c'est tout à fait clair, surtout pas conflictuel, et encore moins clivant, un centriste sans doute...Lecanuet, peut-être? Ou Poher?"

Voici la réaction de notre ami Jean-Paul Barbier:

"L'antiféminisme du Dr Mona Ozouf a-t-il- bien dû souffrir quand une Polonaise est entrée, il y a quelques temps, dans le temple des grands hommes. Il est vrai qu'elle y était accompagnée par son professeur et mari. Pour ne pas trop affaroucher les machistes de service qui peuvent cependant avoir une fibre patriotique, on pourrait proposer l'entrée au Panthéon du couple AUBRAC. Lucie serait ainsi surveillée par Raymond et il ne saurait y avoir là rien de scandaleux aux yeux de madame M.O.

Il me semble qu'en cette période où on vient de commémorer le 70ème anniversaire du Conseil National de la Résistance et où, dans 9 mois, on commémorera le 70ème anniversaire du programme Les jours heureux, résultats de leur lutte à tous deux, il me semble qu'ils ont bien leur place tous deux dans le temple des grands hommes, fussent-ils femmes, de notre pays. Ce serait honorer la résistance aux fascismes, le renouveau politique et économique de notre France auxquels tous deux ont oeuvré, renouveau qui, s'il eut des suites positives en 1944-1946, s'est vu depuis 1984 bien écorné notamment ces 11 dernières années. Monsieur notre Président ne pourrait guère refuser ce choix et cela aurait pour mérite de lui rafraîchir un peu la mémoire... et... pourquoi pas de faire prendre un autre cap à sa politique (???)".


Quelques réflexions personnelles maintenant. Ce débat doit laisser perplexes (pour ne pas dire plus), toutes les femmes qui chaque jour, en France, pays riche et développé, se battent contre la misère, la précarité, les inégalités, les différentes sortes de violence dont elles sont victimes... Cependant, il est tout de même révélateur des blocages dont souffre notre société à tous les niveaux. Le pays des "Droits de l'homme"  peine à reconnaître les "Droits des femmes" et Olympe de Gouges l'a chèrement payé il y a plus de deux siècles; le combat des femmes dans les luttes de libération ici ou ailleurs a rarement été reconnu et suivi d'une place égale à celle des hommes dans la vie politique... Mais les propos de Mona Ozouf, en dehors de leur côté risible quant au "moelleux" nécessaire aux femmes,  témoignent également de ce climat délétère de recherche d'un consensus mou et conservateur qui semble caractériser certains milieux intellectuels et politiques.

Alors, plus que jamais, le combat des femmes pour l'égalité des droits est lié au combat de tous pour une autre société. Ce combat passe par la rue, et pourquoi pas par la rue Soufflot, vers le Panthéon, pour nos courageuses aînées?

Mireille Ausécache

femmes austérité

femmes austérité2Marche des femmes contre l'austérité à

Paris le 9 juin 2013