On se demandait, depuis longtemps, à quoi pouvait bien servir le ministère du "Redressement productif" dont on cherche en vain les résultats positifs. Mais, au moins, jusqu'à une date récente, les déclarations et rodomontades du ministre de "gôche" avaient-elles un côté divertissant...

Arnaud MontebourgArnaud Montebourg 2

Mais, depuis quelques mois, le ton a changé. En décembre 2013, le service de presse de Bercy avait annoncé que la 6ème édition de la cérémonie célébrant des "Objets de la nouvelle France industrielle" serait le "dernier show d'Arnaud Montebourg". Et depuis, on peut dire que les propos du ministre ont de quoi surprendre et énerver. Outre sa position réaffirmée en faveur de la prospection du gaz de schiste, il n'hésite pas à vanter l'entrée de la firme chinoise Dongfeng dans le capital de Peugeot mais aussi les bienfaits(!) du Grand Marché Transatlantique. Il caresse maintenant les patrons dans le sens du poil en déclarant lors de la réunion du 17 février:

"Il y a trop de rigidités en France. Le Code du travail, les 35 heures, les seuils, il faut soutenir les entreprises en débloquant tout ça!" (Canard Enchainé du 19 février)

Mais le comble est atteint (sans doute provisoirement...) avec cette déclaration:

"Le pacte de responsabilité est une très bonne nouvelle. C'est dans un pays en difficulté le moment où on décide de construire un compromis national du même type que celui qui a existé en 1945".

Ignorance ou provocation??? Doit-on rappeler au ministre la teneur et les conditions du "redressement productif" de la France après 1945 sur les bases du programme du CNR? Doit-on lui rappeler les avancées économiques, sociales et culturelles de cette époque pour mieux les comparer avec les régressions de tous ordres auxquelles nous assistons? Doit-on lui rappeler que le projet était notamment "l"instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie (...) et la participation des travailleurs à la direction de l'économie"?

Ressaisissez-vous Monsieur le Ministre sous peine d'être celui dont Claude Cabanes écrivait l'épitaphe politique dans son éditorial de l'Humanité (19 février):

"Monsieur Montebourg est mort. C'est une façon de parler naturellement... On ne va donc pas appeler à la rescousse quelque Bossuet moderne pour prononcer l'éloge funèbre devant le corps du disparu, auquel on souhaite longue vie...Non. Le mort c'est le ministre: il a été englouti corps et biens avec ses convictions affirmées à gauche, avec son oeil d'aigle sur les intentions du monde de la finance, avec sa fibre combattante, qui ont sombré dans les eaux glacées de la conversion au libéralisme absolu".

 Mireille Ausécache